3 novembre 2007 Kouchner : l’embarras de celui qui se rêvait ministre des Affaires Etrangères
Libération se demande (jeudi 1 novembre 2007) : où est donc passé Bernard Kouchner dans l’affaire de l’Arche de Zoé ? Le ministre des Affaires étrangères, en tournée en Asie, n’est sorti qu’à deux reprises de son silence pour qualifier l’affaire de «triste aventure» et pour expliquer que l’action humanitaire devait respecter des «règles».
Y a-t-il, dans ce silence peu habituel, une gêne, voire une volonté de faire oublier des déclarations passées, peu compatibles avec son statut actuel ?
Rony Brauman, ex-directeur de MSF la «responsabilité morale» de Kouchner : L’Arche de Zoé n’aurait, selon lui, fait que mettre en œuvre les incantations de Kouchner à l’action et à l’ingérence – étatique certes – pour mettre fin au «génocide» et à «l’horreur» au nom d’une morale universelle.
Quelques jours avant de devenir ministre des Affaires étrangères, Kouchner soutenait la mouvance des activistes sur le Darfour, principalement regroupée dans trois ONG : Urgence Darfour, SOS Darfour et Sauver le Darfour.
Sans être membre d’aucune d’entre elles, il a participé à des rassemblements, comme celui du 20 mars à la Mutualité : «300 000 morts, 2 millions de déplacés… Oui c’est un génocide qui s’accomplit sous nos yeux. Un de plus. Un de trop […] Nos frères du Darfour sont en train de mourir. N’acceptons plus cela. Soyons plus forts que les obstacles», déclarait-il à la tribune, reprenant la terminologie américaine outrancière sur le «génocide» au Darfour, très contestée par les humanitaires français, à commencer par MSF. Kouchner toujours, écrivait dans le Monde du 27 décembre 2006 : «Que fait la France ? Elle hésite […] Triste tergiversation d’un pays considéré comme le défenseur des droits de l’homme, qui inventa l’ingérence humanitaire.»
Dans ce même article, il livrait le chiffre de 10 000 civils tués par mois alors que l’ONU estime que l’on est tombé depuis la mi-2004 à 500, ou à 1 000 tout au plus.
Reprenons Libération : Au printemps 2007, « Kouchner militait aux côtés de Jacky Mamou, président d’Urgence Darfour et ex-dirigeant de Médecins du Monde, qui estimait que «se taire, c’est se rendre coupable de non-assistance à personnes massacrées» et qu’il n’était «plus temps de dénoncer mais d’agir».
…. Puis Kouchner est devenu ministre. Pendant ses premiers jours au Quai d’Orsay, il défend l’ingérence humanitaire, qu’il a théorisée avec Mario Bettati et testée en Irak en 1991 : il propose des «corridors humanitaires» destinés à sauver, depuis le Tchad, «les survivants des massacres» au Soudan.
A sa grande colère, les humanitaires n’en veulent pas : ils sont déjà 13 000 au Darfour et craignent surtout le mélange des genres avec l’action militaire ainsi que les effets pervers d’une opération qui accélérerait paradoxalement le nettoyage ethnique souhaité par Khartoum.
Kouchner est-il encore tellement occupé maintenant par sa tournée asiatique pour ne pas s’exprimer sur les péripéties de l’Arche de Zoé, pourtant connue depuis quelques mois du Ministère des Affaires Etrangères, et qui utilisait fréquemment des avions militaires au Tchad. Essayez voir en tant que simple citoyen de demander un avion militaire pour vous transporter, vous et quelques amis ! Comme l’expliquait Jean-François Kahn ce matin sur Europe 1, les médias restent très gentils avec Kouchner, il y a beaucoup d’amis.
Ce cas montre bien l’incompatibilité intrinsèque entre « humanitaire » et « Affaires Etrangères ». Mais Kouchner rêvait tellement de cette fonction prestigieuse et vu son âge, c’était la dernière occasion. Ce n’est pas la première fois qu’il a ainsi rangé sa bannière de militant humanitaire pour de simples raisons plus matérielles.
D’après le Canard Enchaîné du 3 octobre 2007 le futur ex ministre des affaires étrangères avait entrepris de démontrer dans un rapport que le pétrolier Total n’avait aucunement partie liée avec la très vieille dictature birmane.
Kouchner reconnaissait dans son rapport que du travail forcé avait été imposé aux populations locales, soumise aux exactions de l’armée, mais ajoutait-il, grâce à la présence de Total, la pratique diminua dans la zone.
Cet avis contredisait, toujours d’après le Canard Enchaîné, de nombreux témoignages de réfugiés birmans en Thaïlande, puis les déclarations de plusieurs responsables de Total.
Le groupe a du même ouvrir un fonds de réparation de 5,2 millions à la suite de poursuites engagées par certains ouvriers du chantier. Kouchner assure aussi qu’il a depuis longtemps reversé à trois associations humanitaires les 25 000 € reçue pour son rapport. Qu’était-il ailleurs allé faire dans cette affaire, lui qui, d’après ce qu’il proclame lui-même, gagne 15 000 € pour une seule conférence ?
Le Canard Enchainé raconte d’autres contrats de ce type, pas très déontologiques.
Kouchner avait apparemment besoin d’argent pour tenir son rang – maintenant qu’il est Ministre des Affaires Etrangères cela doit aller mieux – puisque sa société BK Conseil a également obtenu du président Omar Bongo (Gabon) un contrat d’audit sur le système de santé et la commercialisation des médicaments au Gabon…
puis de même au Congo où le dictateur local, Denis Sassou Nguesso a commandé à BK Conseil les études sur un nouveau système de Sécurité Sociale et …sur les dangers...de la grippe aviaire, études certainement très utiles dans un pays africain où l’espérance de vie est inférieure à 50 ans.
Le Canard précise d’ailleurs qu’il a interrogé le ministre sur cet étonnant contrat il y a quelques mois et que Kouchner s’était vivement récrié, accusant ses ennemis de le calomnier.
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