18 juin 2006
Le prince Victor-Emmanuel de Savoie restera-t-il longtemps en prison ?
Le prince Victor-Emmanuel , 69 ans, a été arrêté, vendredi 16 juin près du lac de Côme, dans le cadre d'une affaire de corruption et de proxénétisme.
Il a été placé en détention provisoire à la prison de Potenza (sud) en dépit d'une mauvaise santé: il souffre d'une maladie pulmonaire, selon sa famille.
Il serait impliqué dans, voire à la tête d'un dans un réseau qui délivrait des autorisations pour l'installation de machines à sous et recrutait des jeunes femmes pour les clients du casino de Campione d'Italia, à la frontière suisse, en bordure du lac de Lugano, dont le maire a également été arrêté. Les juges soupçonnent des liens avec des groupes mafieux siciliens.
Il aurait utilisé ses relations «institutionnelles et maçonniques» pour mettre sur pied une «société criminelle» autour du casino de Campione d'Italia, l'enclave italienne en Suisse : jeux de hasard truqués, proxénétisme, et même pénétration du marché des hôpitaux et des télécommunications en Bulgarie.
Son fils, Emmanuel Philibert est l'époux de l'actrice française Clotilde Couraud. Ils s'étaient mariés à Rome en septembre 2003.
Le procureur qui a fait incarcéré Victor-Emmanuel, Henry John Woodcock, est également une vedette en Italie. Il est surnommé "le juge des VIP" depuis une enquête qui a mis en cause, il y a trois ans, 80 célébrités de la politique, du spectacle et du journalisme.
Il est vrai qu'il y a polémique sur ses méthodes. Il est accusé par de nombreuses personnalités inculpées sans suite dans des affaires antérieures de prendre des libertés avec la loi. «On n'arrête pas un ex-roi, on le convoque», a déclaré le secrétaire du petit parti de la Démocratie chrétienne Gianfranco Rotondi.
Mais ces protestations concernent surtout l'un des treize co-inculpés du dossier, Salvatore Sottile, porte-parole de l'ancien ministre des Affaires étrangères Gianfranco Fini, chef du parti de droite Alliance nationale (AN), et placé aux arrêts domiciliaires.
Victor-Emmanuel avait du quitté l'Italie à 9 ans, à la proclamation de la république qui suivait la politique collaborationniste avec le régime fasciste de son grand-père, Victor-Emmanuel III. Son père Umberto II, dont il est fils unique, n'avait régné q'un mois avant l'abolition de la monarchie.
Son arrestation a renforcé sa déplorable réputation.
A son retour en Italie, qu'en décembre 2002, après la levée d'interdiction de séjour dont avait été frappée la famille royale après 56 ans d'exil, Victor Emmanuel traînait déjà derrière lui une réputation sulfureuse. II avait été mis en cause en 1978, après la mort d'un jeune Allemand grièvement blessé par balles en Corse. Il avait été accusé d'avoir tiré de son yacht un coup de fusil qui a tué ce jeune Allemand sur un bateau voisin. Il avait démenti toute implication et n'avait été finalement été condamné que treize ans plus tard à six mois de prison avec sursis pour détention et port d'armes.
Au début des années 1970, il avait aussi fait l'objet d'une enquête en Italie pour trafic d'armes international mais cette procédure n'avait donné lieu à aucune suite judiciaire.
Comme autres faits « remarquables », il avait aussi défrayé la chronique en 1997 en déclarant que les lois fascistes antisémites, approuvées par la Maison royale de Savoie, n'étaient "pas si horribles".
A en croire les enregistrements vidéo et des centaines d'heures d'écoutes téléphoniques sur lesquels se basent les magistrats, ces écarts reflètent bien son langage et sa pensée habituels.
Par exemple, au cours d'une conversation, son secrétaire lui fait remarquer qu'un général de la brigade est habitué «à manger», Victor Emmanuel lui répond: «Oui, oui, là-dessus il n'y a aucun problème.»
Dans un autre entretien téléphonique le prince dit à un de ses complices présumés: «Je suis en train d'aller à Milan et je dispose de trois quarts d'heure... je voudrais en profiter pour aller chez les putes.»
Et quand son secrétaire rappelle l'organisation d'une soirée de bienfaisance en faveur d'une association pour mineurs et lui espérer « qu'il y aura de belles petites filles pour qu'on les sodomise », Victor Emmanuel s'exclame : «Oh oui, tout de suite.»
«Je ne suis pas surprise», a commenté vendredi Maria Gabriella de Savoie, la sœur de Victor-Emmanuel. «Avec son comportement infantile et superficiel, je pense qu'il est tombé dans une affaire trop grande pour lui.»
Les enquêteurs sont arrivés au Prince en suivant les agissements d'une bande d'escrocs ayant floué de nombreux hommes d'affaires. La clique avait aussi mis au point un système ramifié de pots-de-vin visant à obtenir des licences d'exploitation de machine à sous qui, truquées, permettaient de décupler les bénéfices; plusieurs fonctionnaires du Monopole des Jeux sont impliqués. L'organisation était particulièrement active au casino de Campione, enclave italienne en Suisse, où elle proposait les services de prostituées à de riches joueurs proches de la mafia. Les affaires s'étendaient à la Bulgarie où, selon l'accusation, Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, ex-Premier ministre de Sofia et cousin du prince Victor Emmanuel, huilait les rouages de l'administration pour garantir de juteuses adjudications (ce qui ne va simplifier les efforts attendus de la Bulgarie en matière de lutte contre la corruption pour la faire entrer dans l'Europe).
Selon un des magistrats chargés du dossier, Victor Emmanuel utilisait «systématiquement ses liens dans la franc-maçonnerie et les institutions pour poser les bases et déterminer les lignes fondamentales des accords de corruption» , contre rémunération. Il était la «carte de visite» , l'intermédiaire indispensable aux activités de l'association criminelle.
Il est également accusé de piraterie informatique avec son fils Emmanuel Philibert, tentant de «brûler» un site Internet qui dévoilait ses malversations.