7 juin 2006 ....suite...aux dernières nouvelles ?...Qu'en est-il aujourdh'ui ?
Comment analyser avec le recul les émeutes d'octobre et novembre 2005 ?
Il est intéressant de lire le premier décryptage réalisé sur la crise des banlieues d'octobre et novembre 2005 par Hugues Lagrange, Directeur de recherche au CNRS, et Marco Oberti.
L'ouvrage essaie de dégager des facteurs constants corrélés aux zones où les émeutes ont été les plus intenses ou les plus longues.
Certains de ces facteurs n'ont rien de surprenant comme le taux de chômage des jeunes ou le classement du quartier en zone urbaine sensible, ne constituent pas des surprises.
Mais les facteurs indiqués comme décisifs par l'étude sont plus inattendus :
Le taux de jeunes de moins de 20 ans : dans certains quartiers, cette classe d'âge représente 35 % de la population, contre 25 % en moyenne nationale.
- Le contrastes de richesse : les émeutes sont plus intenses dans les zones où territoires pauvres sont au contact des zones plus riches, les jeunes vivent quotidiennement le décalage des niveaux de vie.
- La forte dégradation de l'habitat constatée par l'existence des premières conventions de démolition et reconstruction avec l'Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU
- le taux de familles de plus de six personnes, variable qui est la plus corrélée avec la survenue d'émeutes.
Les auteurs expliquent que dans les populations qui viennent d'Afrique noire, on trouve un nombre important de familles avec très peu de ressources, un faible investissement scolaire, une connaissance limitée de la langue et des fratries nombreuses. Pendant les émeutes, beaucoup d'observateurs ont signalé que les jeunes Noirs étaient aussi nombreux que les jeunes Maghrébins. Cela traduit, en réalité, une surreprésentation, dans la mesure où les premiers sont quatre fois moins nombreux sur le territoire.
Ils excluent également un lien avec le mouvement anti-CPE qui a suivi en mars et avril 2006 : « Le mouvement est d'abord une mobilisation des enfants des classes moyennes qui constatent leur exclusion des emplois les plus protégés par les adultes. Les jeunes des banlieues, eux, sont les exclus des exclus ».
Sources : Ouvrage « Emeutes urbaines et protestations » (Presses de Sciences-Po, 224 p., 12 euros), Interviews auteurs dans le Monde de 'édition du 07.06.06