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5 juillet 2006

Et si l'imminence du pic pétrolier était un mythe ?

Les hydrates de méthane sont-ils une solution ou une bombe écologique ?

Après les nombreuses alertes sur la pénurie prochaine d'énergie fossile, donc non renouvelable – voir nos articles précédents – voici la voix rassurante de l'industrie pétrolière.

Le monde consomme approximativement 80 millions de barils de pétrole par an. On estime que la demande en pétrole va augmenter d'environ 50% d'ici 2030 pour atteindre 121 millions de barils par jour, même avec des améliorations significatives de l'efficacité énergétique.

Des avancées technologiques révolutionnaires ces dernières années permettraient d'augmenter considérablement les capacités des compagnies à trouver et à extraire le pétrole, avec notamment l e forage directionnel et horizontal (forage de puits directionnels avec une grande précision), l a technologie sismique 3-D ( capacité à traiter un grand nombre d' info rmations pour produire des images sismiques tri-dimensionnelles de façon à améliorer de manière significative les chances de succès des forages de l'industrie).

Ce sont ces avancées techniques qui font annoncer à l'U.S. Geological Survey (USGS), dans son World Petroleum Assessment de 2000, une augmentation de 20% de ses estimations sur les ressources de pétrole techniquement récupérable encore à découvrir. Selon l'USGS, depuis que le pétrole est devenu une source d'énergie majeure, il y a environ 100 ans, on a produit 539 milliards de barils en dehors des Etats-Unis. L'USGS estime qu'il y a 649 milliards de barils de pétrole techniquement récupérable encore à découvrir hors des Etats-Unis. Mais, plus important encore, ils estiment qu'il y aura 612 milliards de barils supplémentaires provenant de la « croissance des réserves » - presque autant que les ressources encore à découvrir.

Au-delà de ce développement potentiel des ressources en pétrole et en gaz naturel qui resteraient inexploités dans le monde, et qui situe donc la perspective de fin de pétrole et de gaz largement une trentaine au-delà des estimations moyennes actuelles, vers la fin du XXIème siècle au lieu de 2040-2060, il reste l'espoir ultérieur d'exploiter d'autres hydrocarbures, les hydrates de méthane (le méthane piégé dans des cristaux de glace). Les gisements d'hydrates de méthane sont si vastes qu'on peut envisager, quand existeront les technologies qui permettront leur mise sur le marché, une énergie disponible pendant 2000 ans.

Ces hydrates de méthane qui représentent une réserve énergétique énorme se trouvent sur les fonds océaniques. On estime aujourd'hui que les hydrates de méthane des fonds océaniques contiennent deux fois plus en équivalent carbone que la totalité des gisements de gaz naturel, de pétrole et de charbon connus mondialement. Le long de la seule côte sud-est des USA, une zone de 26 000 kilomètres carrés contiendrait 35 Gt (gigatonnes = milliards de tonnes) de carbone, soit 105 fois la consommation de gaz naturel des USA en 1996!

Qu'est-ce qu'un hydrate de méthane?

Sous des conditions de température et de pression particulières, la glace (H 2 O) peut piéger des molécules de gaz, formant une sorte de cage emprisonnant les molécules de gaz. On appelle les composés résultants des hydrates de gaz ou encore des clathrates. Les gaz piégés sont variés, dont le dioxyde de carbone (CO 2 ), le sulfure d'hydrogène (H 2 S) et le méthane (CH 4 ).

Sous l'action des bactéries anaérobies, une importante part de la matière organique incorporée dans les sédiments qui se déposent sur les fonds océaniques se transforme en méthane dans les premières centaines de mètres de la pile sédimentaire. Une partie de ce méthane se combine aux molécules d'eau pour former l'hydrate de méthane, dans une fourchette bien définie de température et de pression.

Dans des zones bien déterminées par des conditions de température et de pression, eau et méthane se combinent pour former un hydrate à l'état de glace, alors qu'à l'extérieur de cette zone, les deux composés sont séparés et se trouvent sous leur propre état, liquide et gaz. Par exemple, un hydrate de méthane qui se trouve dans les sédiments océaniques par 600 mètres de fond à 7°C est stable; il deviendra instable avec une augmentation de température de moins de 1°C . Devenir instable signifie que la glace fond et libère son gaz méthane à raison de 164 centimètres cubes de gaz par centimètre de glace.

Où trouve-t-on les hydrates de méthane?

On retrouve les hydrates de méthane en milieu océanique, principalement à la marge des plateaux et sur les talus continentaux, mais aussi à plus faible profondeur dans les régions très froides, comme dans l'Arctique. La marge des plateaux continentaux et les talus constituent une zone privilégiée pour accumuler les hydrates de méthane parce que c'est là que se dépose la plus grande quantité de matières organiques océaniques. On retrouve aussi des hydrates de méthane dans les pergelisols, c'est-à-dire dans cette couche du sol gelée en permanence, même durant les périodes de dégel en surface

Une réserve énergétique énorme mais pour l'instant difficilement exploitable

Les hydrates de méthane des fonds océaniques constituent une réserve énergétique énorme, ... mais pour l'instant inaccessible. Ils sont dispersés dans les sédiments et ne peuvent être exploités par des forages conventionnels; il faudrait plutôt penser à une exploitation massive du sédiment à l'aide de dragues comme on le fait par exemple pour nettoyer les chenaux de navigation des sables et des boues, ou encore d'un système sophistiqué de pompage du sédiment. Mais ces techniques présentent un énorme risque de déstabiliser rapidement les hydrates et de libérer des quantités considérables de méthane dans l'atmosphère, sans compter les accidents possibles associés à ce genre d'exploitation. Il n'en demeure pas moins que l'industrie pétrolière salive à la pensée d'avoir peut-être un jour accès à de telles réserves.

Une bombe écologique en puissance

Une déstabilisation massive des hydrates de méthane causée par exemple par une augmentation de 1 ou 2°C de la température des océans, ce qui est tout à fait compatible avec les modèles climatiques actuels, risque de produire une augmentation catastrophique des gaz atmosphériques à effet de serre. Une telle déstabilisation pourrait aussi causer d'immenses glissements de terrain sous-marins sur le talus continental, entraînant des tsunamis très importants qui affecteraient les populations riveraines. Ce pourrait être là deux des effets catastrophiques du réchauffement climatique actuel causé par une augmentation des gaz atmosphériques à effet de serre. Le méthane est 21 fois plus efficace que le CO 2 comme gaz à effet de serre !

Sources:

http://www.delaplanete.org/Le-pic-imminent-de-la-production.html
par Red Cavaney , traduit de World Watch
(Red Cavaney est président-directeur général de l'American Petroleum Institute, un organisme commercial de l'industrie pétrolière).

http://www.ggl.ulaval.ca/personnel/bourque/s3/hydrates.methane.htm

Suess, E., Bohrman, G., Greinert, J. et Lausch, E. Le méthane dans les océans. Pour la Science, No 264 - octobre 1999. Un bon résumé sur le sujet.

 

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