28 septembre 2006
BenQ Mobile dépose le bilan de l'ex Siemens Mobile en Allemagne après avoir récupéré en un an plus d'un milliard d'euros de Siemens !
Il y a un an, le taiwanais BenQ (ancienne filiale de Acer) rachetait la division des téléphones mobiles de Siemens pour un montant tenu secret.
A cette époque, le fabricant allemand connaissait déjà de très grosses difficultés financières et n'arrivait pas à concurrencer les grands groupes du secteur.
Aux termes de cet accord,BenQ n'avait à débourser que 285 millions d'euros pour le rachat à Siemens des marques, des brevets et des trois sites de production, Manaus au Brésil, Kamp-Lintfort en Allemagne et Shanghai en Chine, de sa division téléphonies mobiles, fortement endettée et qui continuait à perdre beaucoup d'argent (152 millions d'euros de pertes sur l'exercice 2003/2004 et un rythme d'environ 1 million d'euros par jour).
De son côté, BenQ s'engageait à ne licencier aucun des 6.000 employés des usines rachetés,du moins pendant une période de deux ans et pourrait exploiter la marque Siemens pendant cinq ans.
BenQ affichait à ce moment-là de grandes ambitions pour sa nouvelle filiale. "Notre stratégie d'expansion sera fortement soutenue par cet accord, car nous pourrons compter sur un groupe mondial ayant un personnel excellent, une base de consommateurs bien établie dans le haut de gamme de la téléphonie mobile et une marque forte dotée d'un important impact" , avait déclaré le PDG de BenQ K.Y. Lee lors du rachat. "Nous disposons des ressources et de la motivation requises pour donner un nouveau souffle au marché en 2006, notamment dans le domaine de la 3G.
Notre stratégie sera de développer notre activité téléphonie en vue d'augmenter de façon significative notre part de marché" , soulignait de son côté Jerry Wang, Vice-President & Chief Marketing Officer de BenQ Corporation.
Le taïwanais ne veut plus éponger les pertes de cette activité, et a commencé par stopper tout aide financière à sa filiale allemande, la pièce centrale de son dispositif européen dans le domaine. La filiale allemande est ainsi contrainte à déposer son bilan. D'autres filiales seront certainement touchées.
Le groupe asiatique n'a pas su redresser l'activité de téléphonie mobile, lourdement déficitaire héritée de Siemens., avec 150 millions d'euros d'économies espérées, n'a également pas permis de redresser la situation.
Et un an après ?
BenQ liquide sa division allemande. Le groupe taiwanais a décidé brusquement de couper les vivres jeudi 28 septembre, ce qui a obligé l'unité allemande de l'ex-Siemens Mobile à déposer le bilan.
Les emplois au siège de Munich ainsi que les usines de Kamp-Lintfort et de Bocholt en Westphalie, soit au total 3000 personnes sur les 8000 au niveau mondial, sont clairement menacés. BenQ avait déjà annoncé il y a peu la fermeture de son usine au Mexique.
Pour l'instant c'est le sursis : l'administrateur judiciaire a indiqué que la production pourrait se poursuivre jusqu'à la fin de l'année.
Siemens qui devait encore de l'argent à BenQ s'interroge sur l'opportunité de verser ces sommes directement à l'unité allemande plutôt qu'au siège à Taiwan.
Le monde politique et syndical allemand est en colère par rapport aux promesses antérieures du repreneur, même si cette colère vise d'abord l'ex-propriétaire des usines allemandes. "Siemens est et reste moralement responsable" , a déclaré Werner Neugebauer, patron d'IG Metall en Bavière. Il estime qu'avec la vente de 2005, Siemens s'était débarrassé de ses erreurs de management.
Des accusations que Siemens récuse : "Nous avons cédé un marché mondial à BenQ en 2005."
Le responsable SPD de l'Etat de Sarre, Heiko Maas, a déclaré qu'il s'agissait de „l'exemple parfait du rapace capitalistique ».
Siemens quant à lui se dit totalement surpris par la faillite. Il y a une semaine BenQ avait demandé à Siemens de lui régler immédiatement les sommes qui restaient dues, à savoir 150 millions d'euros. Et Siemens devait transférer l'intégralité de la somme à Taiwan et non pas une partie à la filiale allemande. Cette précipitation et cette concentration de l'argent à Taiwan avait étonné l'entreprise allemande.
Siemens veut maintenant vérifier les paiements qui restent à transférer pour octobre et décembre.
Dans les faits, le groupe taïwanais semble avoir mal évalué les risques.
"Depuis 2005, nous avons investi beaucoup de capital et de ressources dans notre filiale allemande" , s'est justifié le président du conseil de surveillance du groupe BenQ, K. Y. Lee. "Les pertes ont encore augmenté et nous nous avons été obligés de prendre cette décision douloureuse" , a ajouté M. Lee.
Le président de BenQ, K.Y. Lee, a estimé de Taiwan que cette décision de ne plus recapitaliser sa filiale était "inévitable" compte tenu du creusement de ses pertes.
BenQ Mobile précise que BenQ poursuivra la fabrication de combinés en utilisant ses sites de production en Asie.
Selon Strategy Analytics, la part de marché du groupe est passée de 8,2% au premier trimestre 2004 à 5,4% au premier trimestre 2005 pour ne plus représenter que 3,2% aujourd'hui.
A l'origine, des conditions finalement très avantageuses pour les Taiwanais, plus d'un milliard d'euros récupérés auprès de Siemens
D'après ce qu'on apprend maintenant, le patron de Siemens, Klaus Kleinfeld, avait en juin 2005, pour ne pas faire capoter la cession au dernier moment, consenti des conditions très avantageuses aux Taiwanais.
Officiellement, le montant de la transaction était de 350 millions d'euros. En fait, dans les comptes 2005 de l'entreprise, les pertes liées à la vente de l'activité « Mobiles » s'élève à 546 millions d'euros. A cela se rajouteraient en 2006 des compensations versées par Siemens de l'ordre de 500 millions d'euros !
Siemens a depuis confirmé en partie ces chiffres mais nié qu'il subissait un chantage permanent à l'arrêt de l'activité de la part de BenQ.
En fait, lors de la transaction de cession, en juin 2005, il avait été convenu que les Asiatiques paieraient 285 millions d'euros pour la reprise des mobiles,
Siemens s'engageait de son côté à investir encore au moins 700 millions d'euros dans l'activité, ces sommes pouvant être ajustées en fonction de l'évolution de l'affaire, qui au total aurait bien pu coûté près, voire plus de 1 milliard d'euros à Siemens, tout en menant à la faillite et à la fermeture de toutes les activités industrielles et R&D européennes et américaines !
Même si l'ex Siemens Mobile était très déficitaire (1 million d'euros par jour, ce qui ne fait finalement que 365 millions sur un an), il est donc difficile de croire que tout cet argent n'est allé que dans la division des mobiles, il semble plutôt avoir servi à renflouer l'ensemble du groupe BenQ.