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Françoise Claustre, archéologue

Archéologue, directeur de recherche émérite au CNRS, Françoise Claustre est décédée le 3 septembre 2006 à l’âge de 69 ans, des suites d'une longue maladie.

Françoise Claustre avait fait la une de l’actualité dans les années 70, les années Giscard.

L'enlèvement de l’archéologue française devint rapidement une affaire d'Etat en France et ce pendant près de 3 ans, puisque la captivité de Françoise Claustre allait durer trente-trois mois - plus de 1 000 jours ! - dans le massif désertique du Tibesti, dans le nord du Tchad.

Elle avait été enlevée le 21 avril 1974 dans la palmeraie de Bardaï. Elle avait 35 ans à l’époque et avec elle étaient kidnappés deux autres Européens envoyés au Tchad dans le cadre de la coopération : un médecin de nationalité allemande, Christophe Staewen - dont l'épouse sera tuée au cours de la fusillade ainsi que deux militaires tchadiens - et un coopérant français, Marc Combe.

Les ravisseurs sont des rebelles Toubous regroupés au sein d'un mouvement politique et militaire, le Front de libération du Tchad (Frolinat) dirigé par Goukouni Weddeye, le fils d'un juge traditionnel, et Hissène Habré, un révolutionnaire de 33 ans formé en France - le "guérillero Sciences-Po", comme il fut surnommé. Devenus ennemis, les deux hommes se succéderont plus tard à la tête du pays entre 1980 et 1991.

Ces rebelles, soutenus par la Libye du colonel Kadhafi qui espère bien ramasser au passage le nord du Tchad, luttent contre le pouvoir de la capitale, N'Djamena, le régime tchadien du président Félix Tombalbaye.

Les enlèvements d'Européens permettaient aux rebelles de faire parler d’eux, d’essayer d’obtenir de l'argent et des armes.

Le docteur Staewen est libéré deux mois plus tard après versement d'une rançon par son pays, le 23 mai 1975, l'autre otage français, Marc Combe, parvient à s'évader.

En France, on est en pleine campagne présidentielle après la disparition du président Georges Pompidou. Le Ministre des affaires étrangères, Michel Jobert, se contente d'expédier les affaires courantes.

Son mari Pierre avait été envoyé au Tchad comme responsable d’une mission de réforme admistrative chargée d’iader les Tachadines indépendants depusi quelques années seulement, à mettre en place un embryon d’Administration qui fonctionne. Il a donc quelques relations à Paris et tente toutes les démarches possibles pour que l’Etat français s’intéresse un tant soit peu à son épouse.

Paris finit tout de même par envoyer à Bardaï un premier négociateur, Robert Puissant. Malgré six déplacements au Tchad, il n’obtiendra rien.

Il est remplacé par un militaire, le commandant Pierre Galopin. Drôle de choix, il a été imposé à la France par le président tchadien Tombalbaye qui s’opposait à toute négociation avec les ravisseurs mais a finalement accepté, à condition que ce soit Galopin.

Celui-ci a longtemps été coopérant à la tête de la Garde nationale et nomade, puis au sein du service de renseignement de l’Etat tchadien.

Drôle de choix en effet car les rebelles jugent l’officier français responsable des méthodes brutales de ce service et de la répression contre les tribus nomades. Goukouni Weddeye l’accuse d’avoir monté une fausse négociation pour tendre une embuscade mortelle à plusieurs membres de sa famille.

Néanmoins, le commandant Galopin tente de diviser la rébellion en essayant d’amadouer d’anciens gardes nomades qui rendent compte à leurs chefs. Au terme de sa quatrième visite aux rebelles, il est arrêté et les rebelles augmentent leurs exigences en réclamant des armes à la France. Paris restant ferme, Goukouni Weddeye et Hissein Habré font exécuter l’officier en avril 1975. Certaines sources disent même que par vengeance, il aurait été écorché vif.

L'un des otages, Marc Combe et Goukouni lui même diront plus tard « qu'Hissein Habré était opposé à l'exécution. Le conseil Toubou l'écoutera longuement mais Hissein devra incliner... »

Après le 23 mai 75 et l’évasion de Marc Combe, il ne reste plus que Françoise Claustre.

Cela fait presque un an que Françoise Claustre est otage. Son mari Pierre continue de faire des pieds et des mains pour obtenir sa libération. Il loue un petit avion, fait plusieurs vistes aux ravisseurs, tente de négocier directement, en faisant m^me intermédiare de marchand d’armes mais toutes ses tentatives échouent et il est à son tour arrêté par les ravisseurs le 26 août 1975.

Paris ne bouge pas et aurait peut-être maintenu son intransigeance sans une interview de Mme Claustre diffusée à la télévision. Cette séquence, réalisée par Raymond Depardon et Marie-Laure de Decker, est un choc pour les Français. Sa détention est en effet jusque là très peu médiatisée et le fait de la voir en pleurs, dans une hutte avec en arrière plan son geôlier, concrétise le calvaire que vit cette femme.

Hissein Habré menace d’exécuter le couple le 23 septembre 1975si une rançon de 10 millions de francs n’est pas versée.

La menace est prise au sérieux, le gouvernement français remet alors la somme aux rebelles mais Goukouni Weddeye et Hissein Habré commencent à se diviser et les époux Claustre reste prisonniers.

Après cet échec, la France décide de recourir à la diplomatie secrète. Notamment grace à Guy Georgy, l’ambassadeur français à Tripoli à l’époque, aujourd’hui disparu, qui réussit à casser définitivement la rébellion touboue en deux et à faire comprendre à Kadhafi, le dictateur lybien, les avantages de soutenir un des rebelles contre l’autre et à faire un geste vis-à-vis de la France. Goukouny Ouéddeï « vole » les époux Claustre à Hissein Habré, les transfère à Kadhafi en échange de son soutien contre Habré, et après diverses tractations et concessions financières, les époux Claustre son libérés, à la suite d’une visite officielle en Libye du Premier ministre Jacques Chirac, en avril 1976. Le colonel Kadhafi aide Goukouni Weddeye à chasser Hissein Habré ( Goukouni Weddeye parviendra finalement au pouvoir au Tchad en 1979 avant d’être renversé en 1982 par son ancien compagnon d’armes, Hissène Habré).

La libération est la fin d'un calvaire pour Françoise Claustre. La jeune femme s'adresse brièvement à la presse dans la capitale libyenne avant de retourner dans l'anonymat et à ses travaux d'archéologue laissant à son époux le soin de régler quelques comptes dans un livre (L'Affaire Claustre, autopsie d'une affaire d'otages, éd. Karthala). "Mon seul souci était de retourner dans l'anonymat (...) pour retrouver mon équilibre (...) Je n'ai aucune envie de m'exprimer, de me raconter. Je n'en éprouve aucun besoin. Au contraire, je ne tiens pas du tout à ce qu'on me rappelle cette période... difficile", confiera-t-elle, quelques années plus tard à l'hebdomadaire Paris Match.

Eprouvée par sa captivité, blessée par les rumeurs malveillantes qui lui attribuaient une liaison avec Hissène Habré, elle choisit de s'isoler. Son mari Pierre Claustre publiera, en 1990, un livre intitulé L’Affaire Claustre, autopsie d’une prise d’otage (ed. Khartala), afin de lever les derniers doutes.

Après le couple retombera dans l’obscurité des gens anonymes Françoise Claustre exerçant son métier d’ethnologue et d’archéologue dans le sud-ouest de la France, jusqu’à sa retraite du CNRS en 2003. En 1999, elle avait répondu par e-mail aux questions de Libération : elle y disait son rêve de reprendre enfin une vie «ordinaire». «C'était le seul moyen de ne pas tomber dans l'obsession», ajoutait-elle, n'écartant pas la possibilité de laisser, un jour, un «témoignage écrit» sur son aventure, ce qu’elle finalement jamais fait.

Le photographe Raymond Depardon qui avait rendu visite à Françoise Claustre en captivité en avait tiré un film en 1989, La Captive du désert. Mais Françoise Claustre n’était pas d’accord, "ça ne peut être l'histoire de Françoise Claustre", disait-elle.

Raymond Depardon affirme qu’«elle ne s’en était jamais remise. Elle a été très malheureuse ne plus pouvoir retourner au Tchad, quelle adorait».

Voilà ce qu’en dit Raymond Depardon dans une interview (Libération du 6 septembre 2006, http://www.liberation.fr/actualite/monde/202654.FR.php) :

Quelle est la première image qui vous vient à l'esprit en repensant à Françoise Claustre?

C'est paradoxalement un souvenir positif, celui d'une palmeraie magnifique, avec des sources d'eau chaude à 2 000 mètres d'altitude, où cette femme me parlait de la vie des familles touboues. Elle me disait que si elle n'était pas otage, elle serait la femme la plus heureuse du monde. Mais elle disait aussi que chaque jour à 4 heures du matin, elle se réveillait dans l'angoisse, en se demandant si on allait venir l'exécuter. Elle avait compris, et moi aussi, qu'Hissène Habré en était capable ; pas Goukouni Oueddeï. A la fin, je lui avais conseillé d'écrire ce qu'elle avait vécu. Mais quand elle a été libérée, on lui a fait promettre de se taire. Il faut dire que la plupart des négociateurs français se sont mal comportés. Pas Stéphane Hessel, qui a été très bien, mais l'ambassadeur de France à N'Djamena à l'époque est à l'origine des rumeurs de liaison entre Hissène Habré et elle. Etant l'un des seuls à les avoir vus ensemble, je sais que c'était impensable.

Les prises d'otages n'étaient pas aussi médiatisées à l'époque : pourquoi vous y êtes-vous intéressé?

En 1970, j'étais allé au Tchad et j'avais brièvement été en contact avec la rébellion. En 1974, je suivais la campagne présidentielle de Giscard et j'avais fait ce film qui n'a jamais été diffusé. C'est là que j'ai vu la nouvelle de ce rapt au Tibesti. Je me suis dit que pour me changer les idées, j'allais retourner là-bas... Je rencontre Pierre Claustre, le mari de Françoise, et nous louons un petit avion. Je la filme une première fois, mais je n'avais pas préparé de questions. Je lui demande ce qu'elle mange, depuis quand elle n'a pas vu son mari... Elle pleure. Ce n'était pas un document de journaliste classique : au 20 heures à la télé, les gens ont vu une femme émouvante. Je pense qu'elle a compris qu'elle pouvait se servir de cette interview, le seul espace qui lui restait. Ce fut une prise d'otage charnière. Après, les geôliers ont appris à se servir de la vidéo. J'étais bien conscient que je me substituais dans une certaine mesure à eux, que je faisais le film pour eux et leur sale dessein, mais je me disais : si je ne le fais pas, rien ne bougera pour elle.

Etes-vous resté en contact avec elle?

Oui, un peu. Elle allait mal. Elle ne s'est jamais remise de cette captivité. Mais elle n'a pas parlé. Moi, j'y ai consacré trois ans de ma vie, mais ce n'était pas à moi de parler. C'était à elle de raconter ce qu'elle avait vécu, les populations avec lesquelles elle vivait et qu'elle aimait. On en sait moins sur le Tibesti que sur l'Antarctique ! C'est incroyable ce qu'elle a vécu, car à l'époque, l'Etat n'y était pas préparé. Il n'y avait pas de cellule de crise, pas de structure adaptée. Elle n'a rien écrit, car elle estimait qu'elle n'avait pas de comptes à rendre. Elle était triste car elle aimait ce pays, mais on lui a dit de ne plus remettre les pieds en Afrique. Elle n'arrivait plus à revivre en France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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