Le fils du serpent
Le journaliste Airy Routier avait rapidement, à peine 3 mois après le meurtre sorti un livre sur cette destinée paradoxale du banquier Edouard Stern.
Dans son livre "Le fils du serpent" se mêlent tous les bons ingrédients du polar autour de l'argent, du pouvoir et du sexe.
Edouard Stern, 38ème fortune de France, y apparaît comme un grand névrosé. Sa mère était mondaine et narcissique. Surtout, son père, qui parlait plus à ses chiens qu'à son fils, était froid comme un serpent : Edouard n'a jamais accepté d'être "le fils du serpent". Ce rapport douloureux au père est assurément une des clés pour comprendre cette personnalité double.
D'un côté, du brio, du culot, du charme, de l'originalité, une beauté ténébreuse, du mystère, une grande culture. Et de la précocité : à 22 ans, il commence à prendre le contrôle de la banque Stern , que préside son père.
De l'autre, un goût "compulsif" pour les armes, une seule philosophie : le rapport de forces, des provocations, des colères et de la muflerie, une "immaturité affective", "une radinerie légendaire", "une arrogance qui le rend insupportable", etc.
En 1997, une "cassure" intervient : il divorce d'avec Béatrice (David-Weill, issue d'une des familles "les plus influentes du monde") et est expulsé de la prestigieuse banque Lazard. Commencent alors "des heures sombres".
Il tente de se refaire dans des opérations "de plus en plus louches", notamment en Russie. Il vit une relation compliquée avec Julia Lemigova, Miss Union Soviétique 91, qui se terminera par la mort assez trouble d'un bébé né "de père inconnu" mais dont Stern, selon Julia, était le père (mort sur laquelle ceratins avancent que Cécile Brossard, sa maîtresse suivante aurait voulu le faire chanter).
Puis il rencontre Cécile Brossard, "blonde trop maigre et un peu vulgaire". Il devient "accro" de cette Française avec qui ce bisexuel entretient des relations sadomasochistes.
Le 12 février 2005, il transfère un million de dollars sur un compte de Cécile. Puis la jeune femme coupe les ponts avec Edouard. Se sentant trahi, il fait bloquer la somme par voie de justice et part à sa recherche. Il la retrouve enfin. Nouvelle dispute, nouvelle rupture.
Cécile a avoué avoir tiré sur son amant. Cette façon de tuer - Stern, qui portait une combinaison de latex, avait deux balles de 9 millimètres dans la tête, une dans le thorax et une dans le ventre - "évoque plus l'exécution d'un contrat qu'un acte de folie, commis au paroxysme d'une relation sadomasochiste", conclut Routier.
Autres extraits de l'interview de Routier cité en référence :
« Je pense que Cécile Brossard a été le bras armé de la propre déchéance d'Edouard Stern. C'est un type qui, toute sa vie, a été aussi brillant que violent et agressif. Il y avait une faille dans sa vie, qui remontait à son enfance, et il a littéralement été expulsé par le corps social en 1997, quand il a été contraint de quitter la banque Lazard {NDLR : l'une des plus grosses banques d'affaires au monde}. Il s'est rendu compte qu'il n'atteindrait jamais le sommet et à partir de là, il a accumulé les échecs et les erreurs. Son assassinat est en fait un suicide par procuration : il a provoqué cette fille, après lui avoir appris à manipuler les armes, il l'a incité à accomplir le geste qui lui a donné la mort. Une sorte de roulette russe.
Peut-on vraiment parler de déchéance ?
Il a toujours été tiré vers le haut et ne jouait qu'en première catégorie. A ses yeux, tous les autres ou presque étaient ce qu'il appelait des « connards ». Seulement les autres ont fini par le rejeter : Stern n'était plus un banquier, il était un simple homme d'affaires, plus très habile de surcroît, d'où ce dégoût de lui-même.
Etait-il un banquier atypique ?
Il n'a jamais été un vrai banquier, et c'est d'ailleurs pour ça que ce milieu-là l'a expulsé. C'était un homme de coups, et il en d'ailleurs réussi d'incroyables, comme par exemple de vendre très cher la banque familiale pour en créer une nouvelle tout en gardant le nom, l'immeuble, les meilleurs employés et les meilleurs clients… »
Pour en savoir plus
Airy Routier « Le fils du serpent ».
Entretien avec Le journaliste dans Metro (http://www.metrofrance.com/site/home.php?sec=contenu&Idarbo=21&Idarbo1
=138&content=1&id=49390&resec=liste_complete&vi=1 Airy Routier : "Edouard Stern s'est suicidé par procuration")
La Tribune de Genêve
L'Express (Paru dans L'Express du 09/05/2005)
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