4 décembre 2006
Suite Le secret du mécanisme astronomique d'Anticythère
Le Monde du 30 novembre 2006 cite les principales conclusions tirées de l’étude du mécanisme, résultats publiés dans la revue Nature du 30 novembre 2006, au moment où se tient, à Athènes, une conférence internationale sur "la science et la technologie dans la Grèce ancienne" (www.antikythera-mechanism.gr).
Ci-dessous l’extrait de l’article du Monde :
« On sait aujourd'hui que le mécanisme d'Anticythère, enchâssé dans un cadre en bois, se présentait sous la forme d'un boîtier haut de 34 cm, large de 18 cm et épais de 9 cm. Il était vraisemblablement actionné par une manivelle, ce qui rend impropre l'appellation d'horloge astronomique.
Sur sa face antérieure se trouvait un cadran comportant deux cercles gradués concentriques : le cercle intérieur, avec 360 divisions, représentait le Zodiaque grec ; le cercle extérieur, divisé en 365 jours, le calendrier égyptien en usage. A l'avant toujours était incrusté un calendrier astronomique permettant de calculer les positions du Soleil et de la Lune et, peut-être, celles des deux premières au moins des cinq planètes connues alors : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne.
A l'arrière étaient disposés deux cadrans en forme de spirale, assortis chacun de cadrans subsidiaires. En haut étaient indiquées les périodes métonique (cycle de 19 ans, soit 235 lunaisons, au terme duquel les pleines et les nouvelles lunes reviennent au même jour de l'année solaire) et callipique (cycle, plus précis que le précédent, de 4 × 19, soit 76 ans). En bas était représenté le cycle de Saros, dont les 223 graduations, correspondant à autant de mois lunaires, marquent le laps de temps au terme duquel les éclipses lunaires et solaires se répètent. Un cycle déjà connu des Babyloniens, plusieurs siècles plus tôt.
Quant aux inscriptions, qu'une datation plus précise a fait remonter à la seconde moitié du II e siècle avant J.-C., elles constituent tout à la fois un traité d'astronomie et un mode d'emploi du dispositif.
" Ce qui est prodigieux, c'est la sophistication de l'appareil et le fait que ces cycles soient "modélisés" grâce à un mécanisme, s'enthousiasme Yanis Bitsakis. Il faut attendre au moins un millénaire pour trouver son équivalent." Force est de reconsidérer ce que l'on pensait savoir de la science des Grecs, férus de mathématiques, de médecine et d'astronomie, mais, croyait-on, piètres techniciens. Le mécanisme d'Anticythère semble au contraire témoigner d'une culture technologique méconnue, faute de vestiges archéologiques.
On trouve du reste, chez Cicéron, la mention de systèmes similaires, provenant de l'école du philosophe Poseidonios de Rhodes. Le Moyen Age latin garde également la trace de quelques appareillages astronomiques. Ce qui fait dire au médiéviste Emmanuel Poulle, membre de l'Institut, que les horloges astronomiques qui ont fleuri entre le XIV e et le XVI e siècle sont "les filles d'Anticythère". »
Cette citation de Cicéron montre le niveau de science astronomique et de capacité de représentation du monde auxquels étaient déjà arrivés les savants antiques :
III E SIÈCLE AVANT J.-C.
Aristarque de Samos calcule les dimensions et les distances du Soleil et de la Lune.
Eratosthène évalue la circonférence de la Terre, met au point des tables d'éclipses et un calendrier astronomique, construit le 1 er observatoire astronomique.
II E SIÈCLE AVANT J.-C.
Hipparque découvre la précession des équinoxes.
I ER SIÈCLE AVANT J.-C.
Poseidonios fonde à Rhodes une école où, selon Cicéron, sont conçus des mécanismes astronomiques.
II E SIÈCLE APRÈS J.-C.
Ptolémée expose sa théorie géocentrique.